Nouveau Stan et pas n’importe lequel : le Tadjikistan. Comme moi avant vous aurez surement du mal à le placer sur une carte, mais il existe vraiment !

Au Tadji il y a une région que les cyclos raffolent : le Pamir et ses hautes montagnes.

 

Fin septembre je suis à Douchanbe la capitale chez Véro. Une présentation de Véro ? Femme dynamique qui bosse pour l’union européenne. Folle amoureuse du vélo de voyage et de son fils Gabriel. Depuis quelques années elle héberge les cyclos qui comme moi se préparent pour le Pamir et aussi ceux qui reviennent du Pamir. Un jardin où les tentes poussent plus vite que les fleurs !

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Véro c’est un peu ma maman amie. On reparle de nos amis en commun, les Solidream, de Jerem, d’Olivier. Elle me parle des mésaventures de certain français qui ont cassé une jante avec rohloff dans le Pamir. Elle leur a gentiment passé sa jante et son rohloff.

Deux jours avant mon départ on va se chauffer les jambes dans les montagnes autour de la ville avec Louis, Gab et Véro en tandem. J’y rencontre Philippe avec qui on s’improvise des petites musiques, il joue de l’accordéon et à la pêche ! Il habite dans une yourte en France. Il me donne les derniers conseils pour le Pamir et me voilà près !

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A bientôt Véro et Gab !

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Le 4 octobre top départ !

La première partie est tranquille puis d’un coup le goudron disparait et je suis dedans ! Dedans quoi ? Dedans la piste pleine de cailloux !! La route est la M41. La Pamir highway ! Je rencontre un allemand qui est heureux d’avoir terminé le Pamir.

Premier bivouac je perds ma serviette de bain ! Bon je vais la tenter sans serviette à partir de maintenant !

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Jour 2 :

La route est horrible, enfin la route un bien grand mot. Un champ de pierre, de bosses et de trous ! Mais par contre la vue est incroyable. Je passe officiellement la frontière du Pamir. Je montre mon permis et zou. Altitude actuelle : 1200m. Y’a le premier col qui m’attend à 3250m ! Un mal de bide m’oblige à m’arrêter d’urgence, je n’ai plus de force du tout… Un petit shop et 4 snickers et ça repart ! Les chèvres se promènent dans les hauteurs des montagnes de même que les Tadjiks. Je croise Adam un australien bien taré. Il est aussi en tour du monde et pour déconner on se dit qu’on se rejoint en Amérique du sud avec comme défi de ne pas se donner de nouvelle, donc pas de mail rien ! Il me conseil un bon bivouac près de la rivière pas très loin. Ce dernier n’est pas accessible, en descendant le talus je tombe emporté par le poids du vélo dans les ronces ! Première douche glacé dans une eau à 3-4 degrés le tout sans serviette !

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Jour 3 :

L’attaque du col. Le soleil est levé mais les montagnes le cache. En fait je suis étonné de la pente. Elle se monte plutôt bien malgré le revêtement de la route exécrable. Un camion me double, je suis tenté de m’accrocher mais je refuse ! Je ferais ce col à la force de mes jambes ! Véro m’avait dit que je n’en verrais jamais la fin. Virage après virage je pense arriver en haut mais non.

A quoi je pense pendant que ça grimpe ? A tout. Je pense surtout à moi, mon changement, ma vision s’est elle ouverte, fermée sur certain point ? Pourquoi j’ai toujours cette niak d’avancer malgré la difficulté ? En pensant à tout ça j’avance bien. Je change de vallée et je crois apercevoir le col ! J’ai une vue superbe des montagnes alentours. 13h je pose devant le panneau du premier col à 3252m, le vent glacial m’oblige à me mettre à l’abri pour me faire à manger.
S’en suit une descente dans un canyon. Je frôle les rochers, j’entends mes bagages qui me disent « aie aie aie aie aie » à chaque trous. J’ai le droit à une descente d’une vingtaine de km ! On ne peut pas vraiment aller vite, les mains sont sur les freins à te donner des crampes ! Je rejoins la ville de Kalaikhum. Particularité de cette ville ? En face c’est l’Afghanistan. Ohhhhh que ça fait peur !!

Pas du tout, je suis même d’ailleurs triste de ne pas pouvoir venir dire bonjour aux afghans qui m’encouragent de l’autre coté de la rivière.

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Jour 4 :

Un jour ensoleillé et devant moi l’Afghanistan. J’ai donc sur ma droite cette grande rivière et sur ma gauche la roche que je peux toucher si je tends la main. Et ici les camions chinois se croisent.

Je ne me fais plus à l’idée de rouler sur de l’asphalte. Très calme comme endroit on peut simplement entendre le bruit de mon vélo dans les trous. J’ai croisé un américain fatigué qui m’annonce que la route empire… Parfait !!! Ça grimpe un peu plus dans une sorte de piste sable mélange cailloux. Dans une courte partie d’asphalte je sens ma roue arrière vibrer, comme si elle allait de droite à gauche très rapidement…

Un coup d’œil rapide… j’ai cassé ma jante arrière.

Deuxième en même pas un an de voyage. Le Pamir et sa route défoncée auront eu ma jante. Quelques soucis, j’ai un rohloff, je ne peux pas me permettre de mettre n’importe quelle jante. L’autre souci est que je suis complètement perdu au milieu de … rien ! Je décide de marcher et trouver une maison pour demander de l’aide. Une famille me laisse entrer et utiliser un téléphone pour que j’appelle Véro. Qui malheureusement ne répondra pas…

Je suis perdu, que faire ? Retourner en Turquie (dernier bike shop voyage qui connaît le rohloff que j’ai vu), refaire un visa, prendre un avion, abandonner ? Sous l’émotion je m’endors.

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Jour 5-6-7 :

Ce matin j’ai rappelé Véro qui m’a rassuré en me disant « reviens ton lit t’attend. ». Je suis chanceux car des amis à elle sont en route pour Douchanbe et passe par là où je suis. Après 4h d’attente sous 40 degrés les voilà ! 14h de 4X4 jusque la capitale. 22H on est chez Véro. Grand moment de retrouvaille. Mais je connais aussi deux têtes que j’ai croisé dans le Pamir. Adam qui me dit « on était pas censé se revoir en Amérique du Sud ? ».

Il faut que je trouve une solution rapide. Véro a proposé que je prenne son rohloff et sa roue mais nous n’avons pas les mêmes transmissions…

Pas grave je vais simplement lui prendre sa jante et changer les rohloff. Je dépose tout cela chez un mécano. Ce dernier m’appelle en fin d’aprèm pour dire que ma jante est une 36 trous et celle de Véro 32… Ça fonctionnee pas… La je suis encore plus perdu !

Mais Igor arrive à la rescousse en disant « mais si tu mets ta jante avant à l’arrière et que tu prends la jante avant de Véro ? » !! BINGO ! Le lendemain j’ai mon vélo remonté, je suis prêt à repartir. Sauf qu’en nettoyant mon vélo avec Adam je remarque que mes vitesses ne passent plus… J’ai mon câble qui est cassé à l’intérieur de la gaine. Réparation dans le noir. Il nous faudra 3h à 3 pour démonter les câbles, tout refaire…

Mais le lendemain je suis dans un taxi (4X4) pour Khorog non loin de là où j’ai cassé ma jante. Un grand merci à Véro, Adam, les autres cyclos qui m’ont aidé à remonter mon vélo !

 

Jour 8 : 14 octobre.

La veille dans le taxi j’ai rencontré un jeune qui m’a invité à dormir chez lui. Ce matin je suis prêt à entrer dans le cœur du Pamir.

Dans le Pamir il y a plusieurs routes possibles. La M41, La Wakhan, Roshqala… Véro m’avait conseillé cette dernière. « Elle assez hard mais elle est vraiment belle. »

En effet c’est beau, l’automne rajoute des couleurs vivent au décor. Les monts enneigés me font rêver. Il est inutile de faire une description de la route, la qualité n’a pas changé. Les pentes sont assez raides et les cailloux n’aident pas la grimpette.

En fin de journée deux Tadjiks assez alcoolisés me demandent de jouer de la guitare. Allez c’est la fin de journée et puis ils sont contents ! À la sortie du village un homme m’arrête et m’invite à dormir chez lui.

Toute la famille est la, les enfants, sa femme, son père et sa mère. Ils sont tous adorables. Les enfants sont intrigués je vais donc leur jouer de la guitare avant de prendre le thé et l’apéro (pomme, bonbons et gâteaux.)

Au repas on le droit à des pommes de terres et de la viande en soupe, un classique ici. Je passe une super soirée. Vers 22h nous allons nous coucher dans le salon tous ensemble. J’aime cette chaleur humaine qui réside dans les familles.

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Jour 9 : 15 octobre. Une journée difficile s’annonce.

Ce matin il fait très froid mais je dois avancer. Il y a un col à 4200 environ à 60-70km. Je sais que je vais monter toute la journée. Le paysage est vraiment magnifique, je roule entre les arbres jaunes de l’automne et une rivière turquoise. J’en profite pour me faire à manger près d’elle et apprécier le calme de l’eau.

Mais cette après midi je vais rencontrer quelques difficultés. J’ai mal aux jambes, je n’ai plus de force et pour cause les cailloux et les montées ne m’aident pas. Je rebondis sur les roches de la route, en moi je bouillonne, je cris car j’en ai marre. C’est hard, très hard ! J’envois des « putains » à chaque bosse où trou… Moyenne du jour : 10km/h c’est frustrant. Mais j’aperçois devant moi le Karl Marx peak à 6 725m qui me fascine ! Mais physiquement je suis à bout. Plus aucune force et pourtant j’essaye d’avancer mais le vent de face me bloque et les rochers (plus de cailloux maintenant) m’empêchent de tenir sur le vélo. Et mentalement j’explose, je lance mon vélo au sol plusieurs fois car je ne peux pas lutter contre cet ennemi invisible. À bout de force sur une bute je décide d’arrêter l’enfer pour aujourd’hui. Je pose ma tente sous un froid de canard, -3 pour le moment. Mes jambes tirent dans le duvet…

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Jour 10 : 16 octobre.

Très frais ce matin, mais j’ai un col à passer ! La route est toujours aussi terrible. Dès les premiers kilomètres je sens que je vais en chier ! Je n’arrive plus à rouler, comme hier je n’ai plus de force dans les jambes. Est ce à cause de l’altitude ? De la route ? Épuisement total, je dois pousser pendant 3km avant de rejoindre un faux plat. J’entame mon deuxième jour sans voir âme qui vive, aucune trace de voiture ou d’animaux.

J’arrive sur un plateau, après 2h de difficulté. J’atteins le col à 4252m et quelle vue ! Sur ma droite j’ai des pics enneigés et au premier plan un lac gelé. Sur la gauche des montagnes à perte de vue et devant moi le plateau qui annonce la longue descente.

Après avoir traversé des ruisseaux je vais rejoindre la M41, mais avant une descente qui va me prendre autant de temps que la montée. La « route » est quasiment impraticable. 3 chutes au total et une sacoche avant qui a cassé.

Malgré mon épuisement et la fraicheur, j’arrive à récupérer la motivation que j’avais laissé dans le duvet et je file jusqu’au deuxième col à 4271m. En haut c’est un vent glacial qui me félicite. Grâce aux informations que des cyclos m’ont donné, j’ai une très longue descente devant moi.

Je ne réussirai qu’a faire 15km car mes doigts sont gelés (mes gants ne sont pas très chaud) de même que mes pieds. À 1km de la route sur la droite une ferme de pierre. Par chance elle est vide j’ai trouvé mon toit pour ce soir.

Cette ferme est utilisée par les Pamiris l’été. Il y a un panneau solaire, de la bouse pour le feu, un balai et suffisamment de place pour que je puisse mettre la tente. Le vent souffle de plus en plus fort ce qui a réussi à ramener la neige ! Il neige, vivement demain !

Je me réveille en pleine nuit car je me sentais mourir. L’altitude peut ralentir votre respiration, l’air est moins présent. Je n’arrivais plus à respirer et j’ai commencé à stresser car j’étais seul au milieu de rien. En prenant une bonne bouffée d’air et en écoutant de la musique calme j’ai réussi à me calmer et me rendormir. Je n’étais pourtant qu’à 4100m.

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Written by Tom

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